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Élargissement de la notion de campus, formation modulaire, les opportunités post-covid pour l’enseignement supérieur et la recherche

L’après COVID, ouvrira une ère nouvelle : celle de l’élargissement de la notion de campus. Celui-ci deviendra hybride avec des espaces d’enseignement et d’apprentissage on line (synchrones & asynschones)

En poussant plus loin cette logique et comme beaucoup d’établissements l’ont anticipé (dont INSEEC U.), nous aboutirons à un apprentissage modulaire, grâce aux cours totalement digitalisés

La crise climatique et la crise sanitaire de la COVID ont eu, non seulement un impact direct sur la façon d’appréhender le rôle de la formation sur les transitions sociétales, mais aussi un effet d’accélération sur la transformation digitale de la pédagogie au point que l’on peut avancer que nous vivons une véritable transition pédagogique dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche.

La prise de conscience des enjeux écologiques a pris un tournant décisif avec le phénomène Greta prônant la « révolte » des jeunes générations en faveur de la lutte contre le changement climatique et plus largement de la destruction de noter capital naturel.

La mue nécessaire et enfin réalisée des établissements d’enseignement supérieur sur le développement durable

C’est ainsi que l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur ont enfin pris conscience de la nécessité de ne pas se contenter de proposer quelques formations dédiées au développement durable mais qu’il fallait intégrer dans tous les cursus cette dimension. Rien de nouveau pour ceux qui, comme moi, le prônent depuis des années, mais force est de constater, par exemple, au travers le SHIFT Project[1] que cette transition salutaire est en route.  Les enjeux écologiques et plus largement les 17 ODD (objectifs de développement durable) de l’ONU vont progressivement devoir faire partie des compétences indispensables à tout cursus de management, d’ingénieurs, d’artistes, etc…Cette transition pédagogique est bien en cours. Je peux donner l’exemple de ce que nous mettons en place pour les étudiants des 16 écoles d’INSEEC U. : Un socle commun de compétences RSE :

  • L1 : un cours commun on line avec un coaching de 3 ECTS: « Sustainable Future Studies ». 
  • M2 : un cours globalisé de 3 ECTS  multi-campus en présentiel & synchrone : «Management Responsable des Transitions ».
  • Une certification complémentaire de 3ECTS pour un cours-on-line « Digital et Environnement » en partenariat avec Orange.

Même les formations à la recherche et les études doctorales devront désormais intégrer ces notions et on parle maintenant de recherche et d’innovations responsables. Or, dans ce cadre, les technologies du numérique / digitales sont perçues comme des facteurs de décarbonisation (moins de déplacement par exemple) et surtout comme des outils favorables aux échanges et partages d’information donc favorables à la participation des citoyens dans les décisions. 

Intégrer le retour du citoyen dans les prises de décision dans les cursus et les espaces pédagogiques

Or, le rôle des citoyens dans les décisions est aussi passé sur le devant de la scène avec la crise sanitaire de la COVID puisque face à la situation d’incertitudes et de complexité, la science et les politiques n’ont plus la confiance des citoyens dans la prise de décision. On parle de « science post normale » ou de science citoyenne, ce qui implique là encore une profonde transformation de la pédagogie avec la nécessité d’intégrer des compétences scientifiques dans tous les cursus, afin d’acquérir une culture scientifique qui ne soit plus au seul service de l’élitisme, faute de quoi nous serons condamnés à la course aux fake news et au complotisme.

Mais avec la crise du COVID c’est non seulement le contenu pédagogique qui doit se transformer mais ce sont également les modalités et les espaces pédagogiques qui connaissent une profonde révolution.  La crise sanitaire a bouleversé tous le rythmes de l’enseignement supérieur notamment et cela dans tous les pays :

  • Avant la crise du COVID : l’apprentissage se fait sur le campus, l’ancrage physique est indispensable et est au cœur tant des valeurs de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (sentiment d’appartenances et de l’identité) que des expériences sociales, personnelles et académiques de l’étudiant.
  • Pendant la crise du COVID ; le campus physique n’est plus disponible, tout se fait à distance, tout est digitalisé et l’apprentissage connait un mode dégradé, au premier abord dégradé car beaucoup de retours sur expériences et de modalités innovantes sont testés et analysés.
  • L’après COVID, ouvrira une ère nouvelle : celle de l’élargissement de la notion de campus. Celui-ci deviendra hybride avec des espaces d’enseignement et d’apprentissage on line (synchrones & asynschrones), des espaces d’apprentissage formels sur le campus : cours en pédagogie inversée, travaux dirigés de groupe et des espaces d’apprentissages informels sur le campus (learning space, coffe shop…). L’enseignement et l’apprentissage ne sont donc plus limités dans un espace physique ce qui devrait aussi permettre en présentiel des échanges plus diversifiés et plus riches entre l‘enseignant et l’élève et entre élèves selon le principe anglo-saxon de la classe inversée où l’élève suit à la maison le cours théorique et procède en classe à la partie pratique, approfondie, créative, concrète, collaborative et de consolidation. 

En poussant plus loin cette logique et comme beaucoup d’établissements l’ont anticipé (dont INSEEC U.), nous aboutirons à un apprentissage modulaire, grâce aux cours totalement digitalisés qui aura deux effets : une flexibilisation permettant aux étudiants de combiner leurs études avec d’autres activités (travail, start up, sport, support de famille…double cursus)…  Et une formation sur mesure en sélectionnant des modules ou blocs de compétences à la carte. Demain, ce sont des blocs d’ECTS que les étudiants pourront choisir et payer.  Ils deviendront acteurs de leur pédagogie comme les citoyens veulent devenir acteurs des décisions politiques.

Cet aspect, qui comporte sans conteste des avantages et qui peut s’avérer sources de progrès, n’est pas sans écueil s’il n’est pas correctement accompagné. 

L’approche modulaire de la pédagogie et de l’enseignement comme moyen d’encapaciter les étudiants-citoyens

C’est là que se joue l’avenir des établissements d’enseignement supérieur car c’est en cela qu’ils pourront se différencier des fournisseurs de cours on line, des pure digital players comme on les appelle. Il faut alors revenir sur ce qu’attend un étudiant de la génération Z (les digital natives) au niveau académique, personnel et social, comme nous l’avons vu précédemment et les compétences fondamentales que doit donner l’enseignement supérieur et la recherche aux étudiants : résolution de problème, communication, perspective globale, intelligence émotionnelle, entrepreneuriat, apprentissage tout au long de la vie.

Le digital apparaît alors comme l’outil de l’innovation pédagogique qui démultiplie les modalités et les canaux d’apprentissage au service du projet pédagogique. C’est l’écosystème d’apprentissage qui doit être disruptif.

Pour ce faire les enseignants et le staff doivent être formés afin de ne pas rester passifs face à la technologie digitale. La tâche est colossale et le travail des enseignants dans la phase de transition est considérablement accru, ce qui ne sera pas sans poser des problèmes sociaux. Définir et créer une classe dans ce nouveau contexte pourra alors devenir une responsabilité partagée entre les enseignants et les étudiants et toute la richesse collaborative permise par le digital pourra être utilisée à bon escient. L’étudiant, quant à lui, ne sera plus passif par rapport à la pédagogie et devra aussi préparer son cours en amont de la classe présentielle. Un investissement des deux parties est donc indispensable et cette transition appelle un nouveau contrat pédagogique entre l’enseignant et l’étudiant.

Enfin, les innovations des espaces d’apprentissage doivent être au rendez-vous dans tous les établissements d’Enseignement Supérieur et la Recherche. Le design de l’espace avec l’aménagement des environnements collaboratifs et flexibles doit remplacer les grands amphis bondés et les salles fermés en silo. 

Accompagner cette transition pédagogique en créant un laboratoire interne

C’est pour relever ces défis que nous avons décidé, à INSEEC U. de créer un nouveau laboratoire expérimental « disruptive learning pathway » :  un laboratoire expérimental transversal avec des projets éphémères rassemblant des E/C et enseignants des différentes écoles ET une chaire multidisciplinaire sur les TRANSITIONS. Ce nouveau laboratoire expérimental sera inauguré à l’occasion d’un symposium international en février 2021.

En guise de conclusion et pour ce qui concerne la transition pédagogique nous pouvons méditer sur cette phrase de Churchill « Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise » !


[1] The Shift Project est une association française créée en 2010 et un laboratoire d’idées qui s’est donné pour objectif l’atténuation du changement climatique et la réduction de la dépendance de l’économie aux énergies fossiles. En septembre 2019 un grand nombre de présidents d’université ont signé une tribune en faveur de ‘l’enseignement de l’écologie dans tous els programmes suite à un rapport de cette association ciblant les ESR.

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