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Enseignement Supérieur et Recherche : comment devenir un véritable acteur de l’éducation au Développement Durable ?

Éduquer au développement durable un nouveau défi pour l'ESR

Éduquer au développement durable un nouveau défi pour l’ESR

Il y a quelques jours, deux ministres d’Etat, et non des moindres, puisqu’il s’agit de la Ministre de l’Ecologie et de la Ministre de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur, se sont associées pour annoncer, dans le cadre de la COP 21, qu’elles entendaient faire de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (l’ESR) un acteur de l’éducation au Développement Durable.

Elles proposent notamment de s’appuyer sur la force de la recherche scientifique des établissements du supérieur pour vulgariser les connaissances et mener conjointement des opérations d’éducation au Développement Durable à destination des citoyens et des acteurs économiques.

Les établissements d’enseignement supérieurs et de recherche sont ainsi invités à (enfin) jouer leur rôle sociétal, en améliorant les connaissances de la société française sur les différentes facettes du développement durable.

Les deux Ministres annoncent également le lancement d’un concours « génération développement durable » à destination des étudiants en partenariat avec la Conférence des Président d’université, la Conférence des Grandes Écoles, le Refedd et le magazine la Recherche parrainé par Yann Arthus Bertrand.

On ne peut qu’applaudir ces mesures décidées par ces Ministres, car, dans notre pays, force est de constater que le jacobinisme prévaut aussi pour le Développement Durable.  Et si les mesures ne sont pas décrétées du haut, il y a bien peu de chance pour que des actions spontanées menées sur le terrain, en dépit de leur originalité ou leur richesse, ne soient encouragées ou même visibles.

Alors, certes ce qui est proposé n’est pas véritablement nouveau, ni à l’international, ni en France.

Pour ce qui est du rôle de l’ESR pour l’éducation au Développement Durable, il s’agissait d’un thème central de la Décennie pour l’éducation au développement durable lancée en décembre 2002 à l’assemblée générale des Nations Unies qui avait proclamé que la période 2005-2014 serait consacrée à cet objectif. La Commission Nationale pour l’Education de l’UNESCO y a également consacré beaucoup d’énergie durant les dix dernières années . Rappelons aussi qu’en 2008, dans le sillage des travaux du « Grenelle de l’Environnement », avait été mis en place par un grand nombre de Ministres (dont ceux de l’Ecologie, de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche), un groupe de travail interministériel et multi-parties prenantes intitulé « Stratégie pour l’Education au Développement Durable ». Ajoutons encore que la CPU et la CGE, dans le cadre de leur propre initiative en matière de développement durable ayant, entre autres, donné naissance au Plan Vert  , étaient bien conscientes, dès 2009, de l’importance de leur rôle pour diffuser des connaissances en matière de DD, puisque cet objectif figure comme un critère du référenciel national Plan Vert pour évaluer la performance au développement durable des Etablissements de l’ESR.

Tous ces travaux et toutes les propositions qui en ont résulté trouvent enfin une fenêtre d’opportunité et ils vont pouvoir, à n’en pas douter, alimenter les prochaines décisions des Ministres actuelles qui sont toutes ouïes en raison de l’échéance de la COP 21. En effet, beaucoup est encore à faire… bien sûr, si l’on souhaite prendre des mesures dont les effets soient durables au-delà des seules échéances de la COP 21.

Si l’Education Nationale a changé drastiquement ses programmes pour inclure de façon transversale les enjeux du développement durable, notamment aux niveaux du primaire et du collège, tel n’est pas du tout le cas pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche…sauf exception. Au sein des établissements de cette dernière on trouve bien des formations spécialisées relevant du DD (master en éco-construction, licence professionnelle sur l’efficacité énergétique des bâtiments, master en droit de l’environnement, master en modèles climatiques, master en Responsabilité Sociétale des Entreprises, etc…). Mais on trouve beaucoup moins des modules de formations (ECTS) obligatoires et transversaux sur cette thématique dans les autres spécialités. A titre d’exemple, quels sont les étudiants en dernière année de médecine, de droit ou d’histoire (à part ceux qui ont choisi de se spécialiser dans ces domaines) qui ont suivi une quelconque sensibilisation transversale et pluridisciplinaire au DD ? Le Référentiel Plan Vert des Universités et des Grandes Ecoles indique pourtant cet objectif dans ces grilles et a même proposé que des certificats DD soient obligatoires au même titre que certains certificats en informatique pour valider le diplôme en fin de cursus . Ces propositions sont restées lettre morte jusqu’à présent. Tant que cet enseignement au développement durable ne sera pas considéré comme un critère d’évaluation discriminant par l’AERES ( remplacée par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur), rien n’avancera …

Et même lorsque nos Ministres auront permis de changer cet état de fait, l’application en sera très difficile car il restera à former les enseignants/chercheurs à cette préoccupation et le seul aiguillon possible est que cela entre dans l’évaluation de la carrière de ceux qui vont s’y coller.  Mais toutes ces questions et bien d’autres avaient été débattues dans les travaux mentionnés précédemment. Heureusement on ne part pas de rien et nos ministres peuvent ainsi puiser des idées, des outils et des solutions pour parvenir à leurs fins.

Une autre question concerne le contenu de ce que sont censées produire « les vulgarisations scientifiques » produites, sur des bases scientifiques solides, des établissements d’enseignements supérieurs mobilisés. S’il ne s’agit d’inculquer que des valeurs de solidarité, de respect, de responsabilité, etc….ou de n’expliquer que les causes et les conséquences des changements climatiques, il y a tout lieu de parier, que, quelle que soit la qualité de la base scientifique de l’enseignement, on risque de pas vraiment mobiliser les jeunes et on risque même d’obtenir l’effet inverse. Beaucoup ne retiendraient que l’aspect catastrophiste pouvant les conduire à adopter un sentiment les poussant vers les voies alternatives de la croissance zéro…ou d’autres, pourraient sombrer dans un pessimisme exacerbé bloquant toute initiative…. à quoi bon ? D’autres encore pourraient être enclins à adopter la même attitude que leurs ainés…. : après moi le déluge. D’autres enfin seraient tentés de verser dans la violence envers ces mêmes ainés qui leur ont légué un tel monde…….C ‘est pourquoi, la seule voie à encourager, et qui va dans le sens de ce que préconisent les deux ministres, c ’est celle de l’enseignement du développement durable en tant que défi comme les aime la jeunesse, un fabuleux défi, le plus grand défi depuis que l’humanité existe, …celui de sa survie…..Le contenu de l’éducation doit alors, certes leur montrer l’ampleur du défi et les risques de ne pas le surmonter, mais en même temps il doit leur fournir des clés. En construisant le monde autrement, en appréhendant une nouvelle forme de croissance, celle de la « troisième révolution industrielle », des solutions existent impactant tous les secteurs économiques en redonnant un nouvel avenir à de nouveaux métiers pour un nouveau monde. En d’autres termes, il importe que les contenus de l’éducation au développement durable soient vraiment mobilisant et présentent toutes les solutions innovantes (des points de vue technologiques et organisationnels) pour lutter contre les changements climatiques et plus largement pour assurer la transition vers le développement durable( par ex : les transports intelligents et l’écomobilité, les énergies renouvelables, les smart grids, les smart buildings, la capture du CO2, la réutilisation du méthane, etc…). Pour ce faire, les seuls scientifiques ne suffisent pas, les programmes doivent associer des experts et des industriels qui travaillent déjà sur ce monde de demain et il importe de présenter, pour leurs vertus pédagogiques, des démonstrateurs, des pilotes de ce que sont les smarts grids, les smartcities, les différentes solutions d’éco-mobilité, etc…). Les programmes de formations doivent s’appuyer sur ce qu’est devenue la recherche pour répondre à ces défis. Elle repose désormais sur des modèles d’innovations ouvertes[1] associant, tant les chercheurs, que les industriels, des collectivités territoriales, etc…

Une telle optique ne peut aussi que libérer les énergies et les inhibitions, voire les méfiances, à l’égard de l’entreprenariat. D’ailleurs, les créations d’activités pour construire ce nouveau monde mobilisent de nombreux jeunes, y compris ceux qui jusqu’à présent avaient été considérés comme des « décrocheurs » parce qu’aucune défi ne leur semblait plus valoir la peine. Beaucoup optent ainsi pour ce que l’on qualifie désormais d’entreprenariat social, c’est-à-dire un entreprenariat visant à résoudre des problèmes que se posent la société : l’emploi, l’énergie, l’écologie, la solidarité, etc…. Il s’agit d’un véritable mouvement de fond de nos sociétés qui font face à tant de mutations. Il suffit d’analyser le succès que rencontrent les initiatives sérieuses favorisant l’entreprenariat social, telles que celles de la Ruche à Paris et bientôt à Bordeaux, pour s’en rendre compte. Cela signifie alors que nos deux Ministres qui lancent conjointement le concours « génération développement durable », devraient être vigilantes à ce que soient favorisés, avant tout, des projets d’entreprenariat social présentés par des étudiants et répondant aux besoins de leurs campus ou à ceux des territoires de leur campus. Il faut encourager toutes les initiatives de créations d’activités innovantes relevant du développement durable et dans cette perspective, le challenge GreenTicCampus  destiné à tous les étudiants des ESR, qui en est à sa sixième édition, peut constituer un modèle grâce à toutes les jeunes pousses qu’il a propulsées.

Alors, oui l’ESR peut être un formidable vecteur de promotion du développement durable pour la COP 21,et bien au-delà. Mais dans ce dernier cas, l’ESR a besoin d’encouragement durable et surtout de révolutionner l’approche de l’éducation au développement durable.

 

[1] H Chesbrough, A.K.Crowther, 2006, “Beyond High Tech : Early adopters of Open Innovation in other industries”, R&D Management, vol 3, n°36, pp 229-236

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