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La tour Hatert : symbole d’un éco-quartier intelligent

La tour Hatert de nos jours

 

 

Dans le cadre de ma recherche sur les logements sociaux durables  j’ai mené une mission, le 14 novembre dernier, dans le quartier de Hatert à Nijmegen (Pays-Bas) qui constitue un modèle de quartier, à la fois durable et « intelligent ».[1]

Les programmes de logement social à Hatert

Hatert est un quartier de la ville de Nijmegen (traduit en français comme Nimège ou Nimègue), construit autour d’un ancien village dont il a gardé le nom. Nijmegen est une ville de près de 200 000 habitants, située dans l’est des Pays-Bas, près de la frontière allemande.  Les années post 2ème Guerre ont été marquées par des programmes de réhabilitation et d’expansion.  Il s’agit désormais d’une ville universitaire en pleine croissance.

La municipalité a créé, pendant les années 1965-1985 des zones d’urbanisation nouvelle : par exemple les quartiers de Dukenberg hébergeant environ 25 000 habitants, et de Lindenholt hébergeant environ 20 000 habitants.

Pendant la construction de Dukenburg, le petit pont du village de Hatert datant de 1927, a été remplacé par un nouveau pont et une route d’accès de 4 voies.  Les deux vieux bars et l’église du village de Hatert ont disparu, entraînant avec eux le cœur du village, aujourd’hui devenu un quartier moderne de Nimègue avec environ 10 000 habitants.

L’urbanisation rapide des banlieues du sud de la ville, bien maitrisée sur le plan physique (occupation du sol, hauteur de bâtiments, espaces verts, etc.), n’était cependant pas totalement achevée sur le plan socio-économique.

A la suite des études approfondies d’urbanisme qui identifiaient des lacunes et des défis,[2] la ville de Nimègue a travaillé sur un programme visant à rénover et renouveler ses infrastructures de logement social.  Le schéma directeur conçu par la ville comprenait la rénovation de l’ensemble du parc associé à l’intégration de nouveaux logements, notamment dans sa banlieue, à Hatert.[3]

De plus, dans la zone concernée, la municipalité avait constaté que la plupart des logements de l’offre existante n’étaient pas conformes aux normes contemporaines en termes d’exploitation, de salubrité et de viabilité.  D’importantes remises en état s’avéraient clairement nécessaire.

Le défi était non seulement de rénover, mais d’étendre de façon soutenable l’offre de logement social dont la demande allait croissante, tout en conservant, et même améliorant, le lien social et l’intégration de tous, y compris les personnes en situation de handicap, au sein du quartier.

En mars 2007, dans le cadre d’un programme national de renouvellement, le quartier de Hatert a joint 39 autres sur la liste de « quartiers à problèmes », identifiés pour des financements exceptionnels dans le but d’améliorer leur attractivité et d’assurer une dynamique d’intégration et de cohésion sociales.

 C’est dans ce contexte de concertation pour le renouvellement urbain qu’il a donc été décidé d’un projet hors du commun, la construction d’une tour de 13 étages comprenant logements, places de stationnement, agora de vie, le tout au-dessus d’un centre médical multi-services et inter-générationnel fournissant des soins et services spécialisés pour les personnes âgées, les personnes handicapées physiques, des réfugiés et immigrés.  Ce sera la Tour Hatert, décrit dans certains documents comme « Une Tour qui redéfinit son environnement » — c’est-à-dire, qui devient la « figure de proue » sur le plan visuel, symbolique et fonctionnel de la volonté de transformation du quartier de Hatert.

Une tour qui redéfinit son environnement

Le défi affronté par la municipalité de Nijmegen pendant les années 2000 peut être considéré comme un exemple de ceux affrontés dans tous des quartiers populaires et défavorisés des banlieues des villes en expansion. En effet, il s’agissait de rénover et d’élargir l’offre de logement social, tout en améliorant le lien social et l’intégration de des habitants au sein du quartier.

La Tour Hatert a été portée par 24HArchitectes, un cabinet de Rotterdam (maintenant dissous[4]) dont les principaux associés toujours actifs sont considérés comme parmi les meilleurs spécialistes du monde dans la construction de bâtiments intelligents et durables, à coût réduit, la conception du bâtiment Hart van Hatert a commencé en 2007, la construction à partir de 2009 pour être achevée en 2011.

Le coût final de cette construction, d’environ 8000 mètres carrés, a été de € 12.500.000, soit un coût de 1560 euros/m2, contre un coût moyen constaté en France d’environ 1960 euros/m2.

La tour résidentielle contient 72 appartements. Chaque étage dispose d’un balcon de forme libre qui entoure la structure, donnant à l’ensemble une esthétique sculpturale.  Les balcons n’étant pas alignés, ils donnent à chaque étage (et appartement) un accès à l’éclairage naturel, sans être obstrué par l’ombre des balcons au-dessus. Ce concept offre aux habitants un usage souple de l’éclairage et, de ce fait, l’opportunité des économies d’usage substantielles.

Aucune mobilité n’est négligée, ainsi que la nécessité de permettre aux habitants de disposer de stationnement pour leurs véhicules de façon sécurisée et sans frais complémentaires. Le parking (pour tous véhicules, y compris les vélos très présents aux Pays-Bas) pour les appartements est organisé sous un pont en bois surélevée qui fonctionne comme un nouvel espace public avec espaces verts. Les espaces ouverts sur la place permettent à la zone de stationnement sécurisée de bénéficier d’un éclairage naturel sans surcout pour le collectif.

La Tour Hatert, ainsi décrite, attire l’attention pour son caractère innovant et exemplaire en termes d’éco-conception, de qualité de habitat intérieur et extérieur, de maîtrise de coûts et, de vision intégrée de l’accès aux services à la personne.

Mais, au-delà de ces atouts spécifiques du bâtiment, le « Hart van Hatert » devient le symbole tangible de ce modèle de « co-production » de cohésion sociale et de dynamisme local — c’est-à-dire, de la volonté de transformation matérielle et imaginaire du quartier de Hatert pour en faire un éco-quartier intelligent.  C’est bien en ce sens que le bâtiment justifie son appellation d’être « Une tour qui redéfinit son environnement ».

 

[1] Nos remerciements à Monsieur Ed van DAEL, responsable du développement local auprès de la ville de Nijmegen, qui nous a accueilli sur place et nous a expliqué l’histoire récente du quartier et de la Tour.

[2] Des informations sur l’étude (en néerlandais) entreprise par un cabinet d’urbanisme (Khandekar, voir : (http://www.bdp.com/nl/ ),se trouvent sur :http://www2.nijmegen.nl/content/421043/wijkaanpak_van_nijmegen-zuid).

[3] Un résumé se trouve dans un chapitre d’un livre collaboratif produit par un projet européen ; voir : http://www.wilcoproject.eu/book/chapters/nijmegen-introduction/).

[4]  http://www.24h.eu/ , et, http://www.dutcharchitects.org/specialists-in-affordable-housing/.

 

Un commentaire

  1. Bonjour Madame.
    Cette tour Hatert me fait penser à la Cité radieuse de le Corbusier avec cette idée de disposer de tout sur place. Cette comparaison vous semble-t-elle recevable?
    MERCI.

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