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Retour sur la Mêlée numérique 2015 à Toulouse et Paris Ville intelligente et durable : stratégie, participation et compétences, conditions nécessaires de « smart cities » durables

 

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Qu’il s’agisse des échanges extrêmement riches qui ont eu lieu à Toulouse dans le cadre de la Mêlée numérique ou de ceux qui ont accompagné le lancement, auprès du comité des partenaires, de Paris intelligente et durable perspective 2020 et au delà le 25 juin, on constate, avec satisfaction, un nombre croissant de convergences sortant des sentiers battus. Ces convergences constituent des pistes de recherche, de formations, d’entrepreneuriat et surtout des sources d’inspiration de politiques publiques notamment pour les collectivités territoriales.

Tout d’abord, là où un consensus important émerge c’est sur ce qu’on entend par ville intelligente. Il n’existe pas un modèle de ville intelligente mais des modèles de villes intelligentes dépendants des contextes et des cultures. C’est ce que se sont attachés à expliquer, au moyen de leurs expériences mondiales des métropoles, à la fois Francis Pisani  et Carlos Moreno à Toulouse lors d’une table ronde de la Mêlée numérique.

C’est pourquoi chercher le « business model » de la ville intelligente est un leurre. Il existe autant de « business models » que d’expériences de villes intelligentes. En revanche, on peut parler de « business models » à propos des entreprises offrant des solutions pour répondre aux exigences des villes intelligentes. Nicolas Clin, à Paris, a d’ailleurs fait remarquer que toutes les solutions reposant sur le numérique sont évolutives car liées à un processus d’innovation continue. Cela rend la durée de vie des entreprises qui les proposent de plus en plus éphémère, ce qui renvoie à des modèles d’affaires totalement nouveaux et implique d’inventer de nouvelles formes de protection sociale.

Jean Louis Missika, à Paris, a insisté sur le fait que le numérique n’est pas le synonyme de ville intelligente. Il n’en constitue qu’une dimension ou plus exactement qu’un outil. Cette vision a fait écho à ce que Francis Pisani et Carlos Moreno ont martelé à Toulouse : la ville intelligente ne se réduit pas à de la technologie numérique. Ils se sont appuyés sur l‘expérience de Rio avec IBM qui est loin, selon eux, de constituer une solution de ville durable, notamment du point de vue social. Nicolas Clin, à Paris a renchéri car pour lui, cette conception techniciste de la ville réduite à l’utilisation du tout numérique pour optimiser, à l’aide de super-ordinateurs, renvoie à une vision dépassée des années 1980/90 du numérique. Il s’agit, selon lui, d’un fantasme qui ne marche jamais. La ville doit « hacker » la technologie et pas l’inverse a conclu Carlos Moreno à Toulouse !

Cela conduit à la finalité de la ville intelligente. A ce propos, Milad Doueihi a expliqué à Toulouse qu’il serait indispensable de revenir à la notion de citoyen plutôt qu’à celle d’usager. En réalité, deux visions de la ville s’affrontent. Celle qui nous vient de la Grèce antique (Polis), selon laquelle la ville fait le citoyen ; l’autre, qui a prévalu dans la Rome Antique (Civitas), où c’est l’assemblée des citoyens qui fait la ville · Chacune de ces deux visions de la ville renvoie à un contrat social différent. Si la vision grecque a prédominé jusqu’à aujourd’hui, il importe de renouer avec la vision romaine pour la ville intelligente car, selon Milad Doueihi, c’est elle qui rend le citoyen acteur en reposant sur un système participatif. C’est seulement ainsi que nous pourrons articuler une vision sociale à la transformation que le numérique fait subir à nos sociétés. Avec la ville intelligente il nous faut repenser le modèle de délégation entre l’individuel et le collectif. Francis Pisani était en parfaite adéquation avec un tel point de vue lorsqu’il citait « ce qui monte (bottom up) est chaotique et intelligent, ce qui descend (top down) est bête et ordonné ». Il importe, pour construire une ville intelligente, a souligné Carlos Moreno, de prendre en compte ce que les habitants font car ils ont bien souvent des réponses à leurs propres besoins.

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C’est cette participation citoyenne qu’a choisi de mettre en application la Ville de Paris avec le lancement de son grand exercice de concertation sur la base de son document de référence Paris intelligente et durable perspective 2020 et au delà où toutes les parties prenantes peuvent opérer des propositions, des recommandations, des amendements jusqu’à mi septembre. A partir de cette vaste concertation, toute une série de groupes thématiques seront mis en œuvre : énergie, innovation, économie circulaire, mobilité/accessibilité, urbanisme intelligent, résilience ; solidarité et renouvellement urbain, végétalisation, numérique, etc. et une feuille de route sera élaborée à l’horizon 2020. Il s’agit de s’appuyer sur une participation des parties prenantes et de susciter les principes de l’innovation ouverte en stimulant la transversalité et le dialogue. En d’autres termes, la ville intelligente, ainsi élaborée, induit une nouvelle façon d’établir des relations entre gouvernants et gouvernés et met bien l’humain au cœur du dispositif. Le numérique fait alors figure d’outil au service d’un projet et la « smart city » est à analyser à l’aune des valeurs et des choix politiques.

Mais cela suppose que les villes se dotent toutes d’une stratégie, à la fois proactive et participative, avant de vouloir devenir intelligentes. Pour ce faire tous les territoires doivent  pouvoir disposer des compétences adéquates. Il importe, par exemple, qu’ils abritent des personnels capables de lire le code informatique. Selon Milad Doueihi, ce dernier sera alors considéré comme un discours et donc désacralisé. De même des « big data officers » deviennent indispensables dans les villes afin qu’elles puissent dialoguer, sur un pied d’égalité, avec les fournisseurs

Stratégie, Participation et Compétences seraient ainsi les trois conditions nécessaires pour que les villes intelligentes ne soient pas les proies de la technologie et du tout numérique…et deviennent véritablement durables.

 

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