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The shift project : la réaffirmation du rôle prééminent de l’enseignement supérieur dans la transition écologique

Éducation et formation : fondements d’un monde durable 

Un été particulièrement sec avec toujours 87 départements en alerte dont 41 en crise, des insectes moins présents dans notre quotidien, signe d’un recul de la biodiversité, des événements climatiques dramatiques à répétition, les alertes répétées du GIEC et son prochain rapport qui s’annonce inquiétant. Ce sont les événements qui viennent de jalonner la saison estivale. Chaque année nous constatons, avec plus ou moins d’ampleur, les signes d’un changement climatique. 

Depuis la fin des années 1980 je milite pour que les transitions énergétique et sociale deviennent non plus seulement un scénario possible de développement pour notre monde, mais le système sur lequel nous construirons un monde plus soutenable.  

Depuis quelques mois le faisceau de phénomènes que j’évoquais précédemment semble agir sur les esprits et on peut constater que des nouvelles forces semblent en marche à l’initiative, entre autres, de Greta Thunberg qui a pu fédérer les jeunes générations sur ce sujet. 

Les jeunes générations sont justement le centre de toutes mes attentions depuis des années. En tant que professeur des universités et comme économiste du développement durable j’ai eu la chance de pouvoir former de nouvelles générations successives sur les enjeux du développement durable. L’enseignement supérieur a donc été, pour moi et pour de nombreux collègues, un terrain d’expérimentation et de formation des responsables d’aujourd’hui et de demain capables de construire une économie plus en synergie avec l’écologie.

Aujourd’hui en charge de l’IFG Executive Education d’INSEEC U ainsi que de la RSE et de l’innovation pédagogique du groupe, ma préoccupation est toujours de former les leaders responsables sachant proposer des éco-innovations, opérer des ruptures de business models et de modes de management afin d’insuffler de nouveaux sentiers de croissance verte et soutenable. Nous avons mené un grand nombre d’actions ces dernières années : Green Business Week pour tous les étudiants, certificats professionnels on line de RSE et de Développement Durable complémentaires pour tous les étudiants, formations diplomantes et spécialisées répondant aux nouveaux métiers des transitions énergétiques et écologiques, académie de l’entrepreneuriat sociétal en partenariat avec la Ruche, à l’initiative de programmes de recherche européen sur l’innovation responsable, learning expeditions pour nos alumni et executive sur les cleantech (notamment en lien avec les énergies renouvelables) dans la Silicone Valley et sur la finance verte à Londres; labellisation, nationale RSDD de nos écoles membres de la CGE, une politique d’économie circulaire très développée et choix de TIC vertes, etc….

The shift project : un rapport qui cible l’enseignement supérieur

Pour The Shift project, c’est par la formation que nous pourrons arriver à une société décarbonée. L’idée est que la sensibilisation est réelle mais que cela est malheureusement insuffisant. Il faut former les étudiants et compléter la formation de nos anciens étudiants; et l’enseignement supérieur à un rôle essentiel à jouer dans la compréhension des faits qui entourent le changement climatique et surtout dans la mobilisation des solutions qui existent ou qui existeront demain. Il s’agit bien d’un enjeu de formation car les « causes du changement climatiques demeurent mal identifiées” et si des efforts significatifs sont faits sur le primaire et le secondaire, la formation aux « enjeux climat-énergie » reste minoritaire dans le supérieur. 

C’est avec le postulat suivant que plus d’une centaine de décideurs de l’enseignement supérieur et la recherche ont signé une tribune mentionnant « (qu’)aucun étudiant de ne doit pouvoir valider une formation dans l’enseignement supérieur sans avoir compris les causes du changement climatiques et travaillé à l’identification de solutions pérennes ». 

Selon The Shift Projet, 76 % des formations du supérieur ne proposent pas de cours / UV concernant le climat et l’intégration de cette thématique est très variable selon les établissements. Les écoles de commerces et d’ingénieurs ont clairement pris ce parti, de faire de la lutte contre le changement climatique un signe distinctif dans leurs offres de formation, à l’image des Écoles d’INSEEC U.. Trop souvent on se limite à des concepts de campus durable alors que c’est au cœur des formations qu’il faut agir pour the shift project, analyse que je partage.

Encore trop peu d’universités françaises ont clairement affiché leur engagement pour répondre aux enjeux climatiques. Elles sont d’ailleurs quasiment absente du classement international UI Green Metric, là où par exemple INSEEC U. s’est particulièrement engagé avec une reconnaissance forte. 

Au-delà du rapport de Shift project : quelles actions à court, moyen et long termes ? 

Bien sûr je me félicite de la capacité de mobilisation du think tank The shift project et nous espérons collectivement une conversion accélérée de l’enseignement supérieur et à terme de concitoyens. 

Que faire dans l’immédiat ? Ne pas oublier les autres acteurs qui comme l’UNESCO, parmi tant d’autres, agissent en profondeur sur l’éducation au développement durable, seul vrai levier de transition pour nos sociétés. Le rôle de l’UE est également crucial avec des soutiens considérables de la Commission Européenne depuis plus de 15 ans pour insuffler, non seulement des programmes de recherche, mai aussi pour accompagner le déploiement de campus durable proposant des innovations pédagogiques en faveur du Développement Durable et de la lutte contre le changement climatique. Nombre d’instances internationales aident les établissements d’enseignement supérieur dans leur projet de transition, en les nourrissant avec le dernier état de l’art de la recherche dans ce domaine. 

À moyen terme, donner une nouvelle dimension (accélération ?) à la transition digitale qui dans une logique de tech for good agira directement et localement sur notre environnement et notre économie. Agir localement pour un impact global. Ne pas oublier aussi de féminiser ce secteur, ce qui bénéficiera à terme au climat et aux diverses transitions écologiques grâce une diversification du profil des innovateurs et créateurs d’entreprises.

Enclencher ou achever une nouvelle vague de digitalisation de l’enseignement supérieur et proposer des campus exemplaires où recevoir une formation plus axée sur la question environnementale semblera nettement plus cohérent que quelques touches impressionnistes de développement durable sur un campus. 

Cette nouvelle “conscientisation” autour du fait climatique dont encore une fois nous nous réjouissons ne doit nous faire oublier que beaucoup a déjà été fait en matière de formations autour du développement durable. Les outils sont là, les pratiques pédagogiques aussi. Depuis plus de vingt ans je les conçoit, les renouvelle, les questionne. On pourrait dire que tout est là…

Une volonté politique a parfois manqué. Peut-être que the shift project et le moment particulier que nous vivons vont enfin peser sur les décisions. 

Un commentaire

  1. Un article fort intéressant ! Je suis actuellement en formation de Master en durabilité. Mes camarades et moi-même avons tous des formations bien différentes. Cependant et malheureusement, peu d’entre nous avons déjà rien qu’entendu les termes de changement climatique pendant nos études. J’ai fait mon bachelor en commerce et en 3 ans d’étude. Jamais des questions sur la morales, sur la finalité des ressources ou bien encore sur l’impact carbone n’ont été évoquées. C’est bien dommage car pour atteindre un monde indépendant du carbone, nous avons besoin de tous les domaines d’activité. J’espère que plusieurs projets comme The Shift Project émergeront dans les universités.

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