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Pour mieux comprendre les différentes visions de l’écologie des partis politiques à l’aube des présidentielles

Au moment où les différents candidats à la campagne présidentielle aiguisent leurs projets, nul doute que tous vont se déclarer sensibles à l’écologie. Chacun, pour se démarquer, va vouloir en parler différemment. Cela étant, savent-ils toujours de quoi ils parlent réellement et quels sont les impacts sur l’économie et la société (c’est-à-dire les deux autres dimensions du développement durable) de leurs programmes et projets en la matière ?

Il me paraît indispensable de revenir aux racines de ces questionnements, qui ne sont en fait pas tout à fait nouveaux afin de mieux aider (en toute modestie) d’une part les politiques à se positionner sur leur vision de l’écologie au regard de leur propre engagement et d’autre part les électeurs que nous sommes à y voir plus clair lors de leur choix.

4 grandes visions de l’écologie dominent le débat depuis 50 ans

Depuis les années 1970, c’est-à-dire depuis que les problèmes d’environnement et de ressources naturelles ont commencé à être perçus et être traités comme tels, 4 grandes visions coexistent :

  1. Une vision dite préservationniste, centrée sur la préservation intégrale de la Nature. Rien de ce qui constitue la nature ne doit être atteint du fait de l’homme. Sauf urgence, celui-ci n’a aucun droit sur les ressources naturelles. Les éléments non humains de la nature possèdent des droits que l’homme doit respecter y compris au prix d’une décroissance durable. Les considérations éthiques s’étendent donc à la nature et valent pour toute la suite des temps futurs. Cette approche correspond principalement aux courants de la Deep Ecology ou de Gaïa fondés sur le primat de la valeur de la Nature.
  2. Une vision dominée par l’efficience économique. Cette conception se fonde sur l’utilitarisme et sur le marché pour réguler l’exploitation des ressources et la dégradation de l’environnement. La nature est en quelque sort « économicisée ». Optimisme technologique débridé et consumérisme effréné excluant toute considération éthique tant intragénérationnelle qu’intergénérationnelle et prônant une croissance ininterrompue. 
  3. Une vision, souvent appelée conservationniste, qui voit dans les ressources naturelles et les problèmes d’environnement une contrainte telle pour la croissance économique que celle-ci devra de gré ou de force s’arrêter, du moins de façon transitoire. Ce sont les partisans de la croissance zéro ou l’état stationnaire. Il s’agit d‘un point de vue anthropocentré, distinct par conséquent de la première attitude. Il se différencie aussi de la seconde approche par son souci de conservation d’une base de ressources naturelles. Les considérations éthiques intergénérationnelles l’emportent toutefois nettement sur les préoccupations intra-générationnelles. Elles amènent à sacrifier la croissance présente au profit des générations futures.
  4. Une attitude qui voit dans les ressources naturelles et les problèmes d’environnement une sévère contrainte à la croissance économique mais qui pense qu’un compromis est possible à l’aide d’une définition adéquate des contraintes à respecter et d’un usage habile des instruments économiques d’incitation tels que les taxes. Elles amènent à ne pas sacrifier la croissance actuelle mais à en changer les caractéristiques (la croissance verte par exemple) pour lui permettre de durer et tentent d’équilibrer considérations éthiques intra et intergénérationnelles.

Mieux décrypter les discours des candidats

Bien entendu, ces approches se rattachent plus profondément  aux grandes conceptions de l’univers développées par la réflexion philosophique et/ou scientifique qui s’interrogent sur la place de l’Homme et de ses activités au sein du monde terrestre et même de son environnement céleste…mais nous n’avons pas besoin d’aller jusque là pour désormais mieux décrypter les discours (et leur cohérence) auxquels nous allons prochainement assister en matière d’écologie.