La Chine : leader dans les Smarts Cities ?

Planification de PĂ©kin Ă  2035

8 confĂ©rences dans 4 mĂ©galopoles pour le mois Franco-Chinois de l’environnement

J’ai Ă©tĂ© invitĂ©e pour une mission en Chine par l’Ambassade de France en Chine dans le cadre du « Mois Franco-Chinois de l’Environnement Â» du 13 au 22 octobre 2019.

J’ai donnĂ© 8 confĂ©rences suivis de dĂ©bats dans 4 grandes mĂ©galopoles (PĂ©kin, Changsha, Shenzhen, Canton)  face Ă  des publics variĂ©s : universitaires et chercheurs, Ă©tudiants, lycĂ©ens, grand public et consuls d’une cinquantaine de pays. 

ConfĂ©rence Ă  l’Institut Français de PĂ©kin avec le professeur Xiong Zhang – 15 octobre 2019

Mes interventions, en français ou en anglais, ont bénéficié d’une traduction en chinois et duraient en moyenne une heure avec une demi-heure, voire une heure de questions. Le thème principal était les enjeux des Smart Cities pour le Développement Durable avec des focus sur les transitions digitales et énergétiques. 

SĂ©ance de questions – rĂ©ponses lors de la confĂ©rence “Les dĂ©fis de la Smart City pour le dĂ©veloppement durable” Institut Français de PĂ©kin le 15 octobre 2019

La Chine déploie des smart cities quand le reste du monde y réfléchit

Mais ce qui a été un choc pour moi qui n’était pas revenue en chine depuis 3 ans, c’est la rapide mise en action partout en Chine de la construction de des Smarts Cities et les avancées étonnantes que j’ai pu constater en quelques années dans plusieurs grandes villes, y compris Pékin.

Planification de PĂ©kin Ă  2035

En Chine, les villes sont vraiment repensĂ©es selon un nouveau paradigme Ă  l’interface des transitions Ă©cologiques et digitales, avec des Ă©co-innovations digitales touchant tous les secteurs : de la mobilitĂ© Ă  la gestion des dĂ©chets ; de la logistique aux transports individuels et collectifs, de la construction Ă  la gestion des bâtiments, de la protection des espaces publiques Ă  la sĂ©curitĂ© des personnes, etc…

Des rĂ©sultats concrets d’un point de vue environnemental

Première surprise dans les quatre villes où je me suis rendue : tous les deux roues et les véhicules de services sont désormais électriques ainsi qu’une très grande partie de la flotte automobile ; les espaces verts sont de plus en plus nombreux partout, les pistes cyclables sont spacieuses avec des systèmes de vélo et d’auto-partage faciles d’accès grâce à une application unique qui sert aussi pour un grand nombre de services, y compris de paiement généralisé ; un grand nombre de bâtiments intelligents notamment sur les campus d’université comme Beida à Pékin ou Sustech à Schenzhen…. Le résultat de tous ces dispositifs est bien tangible si j’en juge par le ciel de pékin qui était bien visible et bleu en comparaison avec une atmosphère visiblement polluée il y a seulement 5 ans !

Smart and Green de City de Shenzen

Mégalopoles et 4ème révolution industrielle

En 2017, le Commissaire EuropĂ©en pour l’Energie tenait ces propos, Â« La quatrième rĂ©volution industrielle est en marche en mĂŞme temps que la plus rapide urbanisation de l’histoire humaine ; Cela permet Ă  nos villes de ne plus ĂŞtre des centres de pollution et de congestion et de nous orienter vers des villes intelligentes, des services adaptĂ©s Â» pourraient parfaitement ĂŞtre ceux de reprĂ©sentants chinois aujourd’hui. 

Il y a dix ans on comptait  une dizaine de smart cities dans le monde, aujourd’hui plus de 1000 smart cities sont achevĂ©es ou en cours de dĂ©veloppement. L’Asie se trouve indiscutablement en pointe avec plus de 500 projets en Chine et 100 en Inde ;  des chiffres Ă  comparer aux 40 projets nord amĂ©ricains, 90 en Europe et 15 au Japon.

Exemples de Smarts cities dans le Monde : Dubaï, Milton Keynes, Southampton, Londres, Amsterdam, Issy les Moulineaux, La Rochelle, Barcelone, Madrid, Bilbao, Helsinki, Vienne, Stockholm,  New York, Chicago, La Marsa, Moscou,  Rio de Janeiro, Sao Paulo, Shenzhen, Qingdao…. 

Quartier Smart (intelligent) de PĂ©kin

Cela étant les facilités sont plus grandes pour construire des Smart Cities en Asie aujourd’hui, et demain en Afrique, puisqu’on peut y créer des villes ex nihilo contrairement à notre vieille Europe ou même aux États-Unis où les villes existent déjà et où les seules marges de manœuvre sont des requalifications et des créations de nouveaux quartiers.

La Smart City, une priorité nationale en Chine

La Chine est en train de devenir le leader des smart cities, comme vient encore le dĂ©montrer un forum mondial sur l’Energie Renouvelable qui s’est tenu durant la mĂŞme semaine dans la province de Shanxi. 

Les autoritĂ©s chinoises, depuis 2014, ont conçu un plan national de nouvelle urbanisation plaçant la « smart city Â» au rang de prioritĂ© nationale a Ă©tĂ© adoptĂ©e. En 2015, un plan de construction des villes intelligentes a Ă©tĂ© entĂ©rinĂ© dans le cadre du 13ème plan quinquennal (2016-20) approuvĂ© en mars 2016.

La visite de la Salle d’exposition de la planification de Pékin d’ici à 2035 a été à édifiante avec une véritable vision futuriste du développement de Pékin à la fois interconnecté. 

Planification de PĂ©kin Ă  2035

Partout, on assiste Ă  une politique volontariste en termes de constructions de villes nouvelles ou de rĂ©habilitations telles que le projet menĂ© Ă  Xiong’an, une zone dĂ©vastĂ©e par la pollution qui va cĂ©der la place Ă  une ville nouvelle dĂ©jĂ  baptisĂ©e la “New Shenzhen”. Toutes les villes chinoises de niveau sous-provincial appliquent ce plan de dĂ©veloppement, 90% des prĂ©fectures et 50% des villes au niveau des comtĂ©s, 20 services publics sont concernĂ©s dont les services en charge des transports, des rĂ©seaux de distribution publics, des services de secours et d’éducation.

Planification de PĂ©kin Ă  2035

Les villes de l’Est sont les plus actives : la province de Shandong a 30 projets en cours (dont Langkou City) devant sa voisine Jiangsu (28 projets) et la province de Hunan au sud du pays (22 projets).  Il existe mĂŞme depuis peu un classement chinois des smart cities et l’an dernier 293 villes ont Ă©tĂ© notĂ©es.

Le marché chinois des smart cities représentait en 2018, 21 milliards de dollars et croit au rythme de 19% par an et le marché mondial des services urbains intelligents s’élèvera à + de 400 milliards de dollars par an d’ici à 2025…sachant que 60% des infrastructures urbaines mondiales restent à construire d’ici à 2030.

La smart city, Ă  la chinoise, prĂ©sente le plus souvent une intĂ©gration de toutes les Ă©co-innovations digitales. Mais pas seulement si l’on en juge par les rĂ©centes dĂ©cisions d’investir aussi dans l’Économie circulaire, domaine oĂą la Chine Ă©tait Ă  la traine par rapport Ă  l’Europe et qui depuis 6 mois affichent des objectifs de recyclage extrĂŞmement ambitieux. 

Parmi les exemples de projets remarquables de smart city en Chine, citons le concept de ville Ă©ponge pour prĂ©venir les inondations dans les environnements fortement urbanisĂ©s ou les immeubles forĂŞt, capable d’absorber du CO2, avec un plan de construction de 258 Ă©co-citĂ©s Ă  l’image de la ville forĂŞt qui va ĂŞtre construite par le cĂ©lèbre architecte Stephano Boeri Ă  Guangxi dans le sud de la chine. Parlons Ă©galement du projet emblĂ©matique de la Chaoyang-Park-plaza, rĂ©cemment inaugurĂ© Ă  Beijing oĂą les architectes se sont inspirĂ©s de la philosophie chinoise et de la culture paysagiste chinoise pour bâtir selon une architecture biomimĂ©tique ayant recours aux biomatĂ©riaux, avec un système de gestion de l’eau, de gestion de la qualitĂ© de l’air très performant.

Exemple de forĂŞt verticale

Des projets moins ambitieux en termes technologiques comme ceux de réhabilitation de quartiers vétustes et pollués  pour les transformer en véritable éco-quartiers où se côtoient artisanat traditionnel, start –ups, tiers lieux du type de nos Fab Lab, habitats pour les classes modestes et moyennes se multiplient aussi et j’au pu en visiter plusieurs  terminé ou en cours dans le vieux Canton. 

Scalabilité des smart cities en Chine ? formation, compétences et inclusion sociale

De même que la Chine est en train de devenir un leader en matière de transition énergétique via notamment les énergies renouvelables, elle est aussi en train d’acquérir des avantages compétitifs indéniables en matière de Smart Cities.

Toutefois ses avancées risquent d’achopper sur deux limites que beaucoup commencent à percevoir . La première est l’insuffisance de compétences internes pour continuer à concevoir et déployer  toutes les solutions des smarts cities.

Dialogue avec les Ă©tudiantes de l’Ă©cole d’art et d’architecture de l’universitĂ© de Shenzen

En effet peu de formations spĂ©cialisĂ©es existent Ă  ce jour dans les universitĂ©s en termes de transitions Ă©nergĂ©tiques et Ă©cologiques et encore moins d’intĂ©gration de ces compĂ©tences dans les autres formations existantes : exemples : architecte, ingĂ©nieur, urbaniste, etc…C’est pour pallier ce besoin qu’une universitĂ© comme Sustech a crĂ©Ă© le Shenzhen Institute for Sustainable Development avec un think tank international,  auquel j’ai dĂ©sormais l’honneur de faire partie, pour contribuer collectivement Ă  la construction de zones pilotes ainsi qu’au dĂ©veloppement de formations nĂ©cessaires Ă  l’agenda de Shenzhen Institute for Sustainable Development.

Les prioritĂ©s de l’institut :

  • Utilisation efficace des ressources
  • La qualitĂ© de l’environnement pour une meilleure santĂ©
  • Le management de la ville intelligente et durable
  • La lutte contre le changement climatique
  • Architecture verte
  • DĂ©ploiement des Ă©nergies renouvelables
Conférence au Schenzen Institute of Sustainable Development

La seconde limite est l’oubli de la dimension sociétale du développement durable avec peu de recul sur les questions de participation et de concertation  et encore moins sur la question de l’usage et de la sécurisation des données personnelles ou de l’essor de l’Intelligence Artificielle  nécessaires au déploiement des solutions de plus en plus intelligentes dans la ville du futur…..Indéniablement une différence de perspective entre la Chine et l’Europe….